Boublil
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Boublil
LE BERGÈRE
Forcément le plat de résistance de mes souvenirs, puisque jy ai travaillé cinq semaines en Octobre et début Novembre 1985 comme programmateur : Boublil ayant la propriété du nom, on avait donc rebaptisé le Bergère, Midi-Minuit et dans le Pariscope, ça donnait Midi-Minuit, ex-Bergère. M. Boublil avait fait nettoyer lécran (il en avait besoin), acheté un panneau peint fabriqué pour loccasion par Publidécor représentant le visage de Barbara Steele percé par le masque du démon (daprès une photo que je lui avais présenté), acheter des lampes à charbon toutes neuves pour le projecteur et il voulait, pour parachever le tout, faire installer des spots colorés dans le hall. Mais, une fois en place, ils clignotaient. Explication du projectionniste (un très sympathique petit bonhomme, rompu à recoller les copies usées en état 4 ou 5 et avec qui je faisais tous les soirs la fermeture vers 1H00) : le Bergère était, encore à cette époque, alimenté par un courant électrique 110V. alors que les spots étaient en 220V. ! Lune des deux caissières était la femme de lacteur Robert Rollis, qui avait joué dans Thierry-La-Fronde entre autres Un soir une spectatrice assez âgée mais bien conservée me demande, après la dernière séance, de laccompagner aux toilettes du sous-sol. Je mexécute galamment. Elle ferme assez peu la porte afin de me montrer son corps, dailleurs très beau. Le projectionniste mapprend ensuite que cest une nymphomane qui fait parfois lamour dans le cinéma, en général avec des travailleurs immigrés rendus avides par la solitude. La première semaine, je passe Taste the Blood of Dracula [Une messe pour Dracula] (GB 1970) de Sasdy en V.O.S.T.F. et Frankeinstein Must Be Destroyed [Le retour de Frankenstein] (GB 1969) de Fisher en V.F. Le soir de la première, une fille qui a dû abuser de substances diverses sévanouit. On appelle les pompiers qui la raniment. Très peu de clients pour la messe. Explication de Boublil : une assez grande proportion de sa clientèle de quartier ne sait pas lire le français. Pendant la Messe , vers 18H, un gardien de la paix des îles DOM-TOM en uniforme me demande pour la forme de le laisser rentrer. Jobtempère et à la sortie, je lui demande si le film la intéressé. Il me répond - Cest bidon ! La semaine suivante je passe les deux Gilling disponibles en V.F. à la Fox, The Reptile [La femme reptile] (GB 1965) et The Plague of the Zombies [Linvasion des morts-vivants] (GB 1965) : la fréquentation remonte immédiatement. La troisième semaine, Lange de la vengeance (USA 1980)de Ferrara et Terreur aveugle (GB 1970)de Fleischer. Peu de clients. Boublil me dit : - Vous voyez, les deux films que vous passez sont bons. Les photos sont attrayantes. Et pourtant il ny a pas grand monde. Vous commencez à comprendre que ce métier nest pas facile. Cest comme ça. Je nai rien à vous reprocher mais ça ne marche pas aussi bien que la semaine dernière. La programmation cest ce quil y a de plus difficile. Un couple de gouines mavoue beaucoup aimer le Ferrara. Quant à Terreur , chaque soir, un jeune homme revient le voir durant toute la semaine Un soir, comme je suis souvent dans le hall entre deux séances pour prendre le pouls du public, une femme me demande quand je passerai le film où on voit le visage troué de Barbara. Je dois lui expliquer que cest un décor permanent mais que les images des films que nous présentons sont dans le hall, avec leurs affiches. Elle a lair déçue Rien à signaler pendant la quatrième semaine, sinon la fréquentation qui monte en flèche à loccasion dun beau doublé : The Lost Continent [Le peuple des abîmes ] (GB 1968) de Michael Carreras (première reprise depuis 10 ans) et Inferno (Ital. 1979) dArgento. Le petit Stéphane Derderian rédige un article (paru dans lun des trois n° de son fanzine qui sappelait "Frénétique") sur les 2 films et la salle dans les toilettes entre deux séances. La cinquième et dernière semaine, je passe deux "violences" : Wholl Stop the Rain / Dog Soldiers [Les guerriers de lenfer] (USA 1977) et Jackson County Jail [La prison du viol] (USA 1976) de Michael Miller. Les étudiants de lI.D.H.E.C. viennent ( - Alors, que nous réservez-vous pour la semaine prochaine ? ) et aussi les loubard. Lun deux me dit : - Les guerriers ils montrent trop. Cest pas bien. Mais lautre cest bien, il est bien, oui ! Comme Boublil ne veut toujours pas me payer, sinon avec des "exonérés" pour ses trois autres salles X (Pathé-Journal, Méry, Strasbourg), lexpérience sarrête là. Il continue dailleurs sans moi, mais passe des films comme La nuit fantastique des morts-vivants.
Comme simple client avant cette période, souvenir de double programmes pour 18F50 comme The Onion Field [Tueurs de flics] (USA 1979) dH. Becker et Cujo (USA 1983) de Lewis Teague. Dans le hall, discussion serrée sur les films de la soirée. Un mec : - Moi jai été en taule, eh ben, quand on voit lautre qui taille une pipe dans les douches, eh ben ça cest pas vrai, ça se passe pas comme ça en réalité. Je lui demande si Cujo cest bien ? Sil la déjà vu ? Il répond : Oui, cest bien cest tout con comme histoire : cest un chien qua la rage, mais ça fout bien les jetons !
GAITÉ-BOULEVARDS
Tout comme lHollywood Boulevards, me faisait concurrence à moi et Boublil pendant quon programmait le Bergère rebaptisé Midi-Minuit en Octobre Novembre 1985 : une de leurs salles respective passait aussi du fantastique (du Warner, du Fox, du CIC, et des petits distributeurs français). Au printemps suivant, ils continuaient à le faire alors que Boublil avait peut-être bien déjà fermé la salle à cause de sa nièce. Jy allais donc. Une après-midi, pendant Nightmares [En plein cauchemar], film à sketches de Joseph Sargent, une dispute éclate entre un spectateur et celui assis devant lui. Elle monte puis retombe. Quelques minutes plus tard, une fumée sélève du fauteuil de celui assis devant lui : celui de derrière venait dy mettre le feu. - Il a foutu le feu, ce con ! sexclame un voisin. Brouhaha, des gens se lèvent. Lautre devant a quitté son siège et a commencé à tabasser celui de derrière. Arrivent louvreuse, le gérant, la police On sort tous dans le couloir fumer une cigarette. La salle était en très mauvais état de toutes façons. Un samedi soir, pendant Class of 1984 (USA 1981) de Mark Lester, une scène où un collègue de Perry King fait cour devant un auditoire de jeunes voyoux enfin attentifs et silencieux un panoramique nous révèle que le collègue en question tient un Colt 1911 A1 braqué sur la classe : éclat de rire et cris de surprise dans la salle. Aujourdhui, le public, hélas, serait sans doute moins étonné que celui de lépoque !
MIDI-MINUIT
Vers 1969, ma mère m’y emmène voir à ma demande Le fils de Frankenstein de Rowland V. Lee. Après le premier meurtre perpétré par Bela Lugosi (un homme écrasé par la roue d’une charette), j’ai trop peur et nous quittons la salle.
A sa période porno, pendant l’été 1983 ou 1984, strip-tease sur scène entre deux séances (Il y en a aussi au Brooklyn à la même époque). Lorsque je parle à Boublil de cette période, il s’exclame : Ah, vous avez vu ça ? Oh, c’était pas terrible parce que l’autre idiot dans la cabine, il comprenait rien : il éclairait à droite lorsque la fille dansait à gauche ! L’ouvreuse est un ouvreur cérémonieux. Ce qui fait dire à un de mes copains : - Ils ont remplacé les femmes par des pédés, t’as remarqué ? En moyenne 50 clients à chaque séance, pas plus, perdus dans l’immensité de la salle. Lorsque nous l’avons fait revivre au Bergère, M. Boublil étudiait mes propositions en fonction de la queue dont il se rappelait pour le film lors de sa projection en exclusivité pendant sa grande époque. Un de ses meilleurs scores : Les maléfices de la momie (1965). Vu aussi vers 1980 Le sexe nu (Fr. 1973) de J.B. retitré Accouplements collectifs. Ainsi que Spermsplosif (USA 1977) avec John Holmes, et Breaking Point [Elles lui ont tout appris] de Ron Silberman Jr.
--Francis Moury, Souvenirs des cinémas parisiens 1968-2000 ou petits souvenirs sociologiques d’un cinéphile-bis via http://www.cineastes.net/textes/moury-cineparis.html [Apr 2005]
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